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Tenez-vous dans la cour et levez les yeux.
Tenez-vous dans la cour et levez les yeux. Les six minarets percent le ciel selon un rythme unique à Istanbul : la plupart des mosquées en possèdent deux ou quatre, mais le sultan Ahmed en voulait six, une affirmation audacieuse qui suscita la controverse lors de sa construction. C’était en 1616, et seule la mosquée de La Mecque comptait alors six minarets. Pour apaiser les protestations, le sultan finança la construction d’un septième minaret pour La Mecque, tandis que les six autres restèrent ici, dessinant la silhouette de la ville.
Le nom que tout le monde utilise – la Mosquée Bleue – provient de son intérieur, et non de son extérieur. Pénétrez à l’intérieur et vous découvrirez vingt mille carreaux d’Iznik faits main qui recouvrent les murs supérieurs et le dôme, chacun émaillé de nuances de cobalt, de turquoise et de blanc. Ces carreaux représentent des tulipes, des roses, des œillets et des cyprès, autant de motifs traditionnels ottomans. La lumière naturelle inonde la salle à travers deux cent soixante fenêtres, et les carreaux bleus semblent luire, baignant la salle de prière d’une douce luminescence, presque sous-marine.
Le sultan Ahmed Ier commanda la construction de la mosquée à l’âge de dix-neuf ans seulement. Il souhaitait un monument capable de rivaliser avec Sainte-Sophie, qui se dresse juste en face du parc. Son architecte, Sedefkar Mehmed Agha, avait été formé par Mimar Sinan, le maître d'œuvre de l'âge d'or ottoman. La construction de la mosquée dura sept ans, et le sultan Ahmed mourut un an seulement après son inauguration. Il repose dans un mausolée au nord de la cour, sa tombe recouverte de ces mêmes carreaux bleus.
L'intérieur est vaste et d'une sérénité surprenante malgré la foule. Quatre colonnes massives, de cinq mètres de diamètre chacune, soutiennent le dôme central. Ce dernier s'élève à quarante-trois mètres au-dessus du sol et mesure vingt-trois mètres de diamètre. Des demi-dômes plus petits descendent en cascade de tous côtés, créant une impression d'apesanteur. Cet effet est voulu : Mehmed Agha souhaitait que l'édifice semble flotter, soutenu par la lumière plutôt que par la pierre.
Observez attentivement le mihrab, la niche qui indique la direction de La Mecque. Il est taillé dans un seul bloc de marbre et flanqué de carreaux d'Iznik. À droite, le minbar – la chaire d'où l'imam prononce le sermon du vendredi – est également en marbre, surmonté d'un délicat dais de pierre. La décoration d'origine comprenait des calligraphies dorées et des pierres semi-précieuses, bien qu'une grande partie de l'or ait disparu au fil des siècles.
La mosquée est toujours en activité ; cinq fois par jour, l'appel à la prière résonne depuis les minarets et les fidèles remplissent le sol recouvert de tapis. Les visiteurs sont les bienvenus en dehors des heures de prière, mais il leur sera demandé d'enlever leurs chaussures et les femmes de se couvrir la tête et les épaules. L'entrée pour les touristes se situe au sud et l'accès est gratuit : il s'agit d'un lieu de culte, et non d'un musée.
La cour extérieure est aussi vaste que la salle de prière elle-même, ce qui est rare. Elle est entourée d'un portique à trente petits dômes et, en son centre, se trouve une fontaine hexagonale où les fidèles font leurs ablutions avant la prière. La cour a été conçue comme un espace de transition, un lieu pour ralentir le rythme et se préparer au silence intérieur. Le matin est le meilleur moment pour visiter la mosquée : la lumière est plus douce, il y a moins de monde et on peut entendre les pigeons se poser sur les coupoles.
Les carreaux d'Iznik à l'intérieur ne sont pas des reproductions. Ils proviennent des fours d'Iznik, une ville située à deux cents kilomètres au sud-est d'Istanbul, qui produisait les plus belles céramiques de l'Empire ottoman aux XVIe et XVIIe siècles. La technique consistait à superposer des pigments minéraux sous une glaçure transparente, puis à cuire le carreau à haute température. Le bleu cobalt était obtenu à partir de cobalt persan importé, et le turquoise à partir d'oxyde de cuivre. À l'époque où cette mosquée fut achevée, les ateliers d'Iznik étaient déjà en déclin, et cet artisanat a presque disparu au siècle suivant.
En vous dirigeant vers l'angle nord-ouest du complexe, vous trouverez le bazar Arasta, une rangée de boutiques voûtées qui, autrefois, généraient des revenus pour l'entretien de la mosquée. Aujourd'hui, on y vend des tapis, des céramiques et des bijoux, et l'atmosphère y est plus calme que dans le Grand Bazar. Sous le bazar se trouve le Musée des Mosaïques du Grand Palais, qui expose des mosaïques de sol provenant du palais byzantin qui se dressait ici mille ans avant la mosquée.
En partant, retournez-vous et contemplez l'édifice depuis le parc situé entre la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie. Les deux structures se font face de part et d'autre d'une pelouse agrémentée de fontaines – l'une chrétienne, l'autre musulmane, toutes deux fleurons architecturaux de leurs empires respectifs. Le dialogue entre elles est silencieux mais indéniable. La Mosquée Bleue fut construite pour affirmer la confiance ottomane, mais elle rend également hommage au passé byzantin, dont elle reprend la structure en cascade de la coupole et l'atmosphère lumineuse intérieure. Vous vous trouvez au carrefour de deux mondes, et tous deux sont encore visibles.
Prévoyez environ 9 minutes sur place. Le guide audio gratuit Lokali raconte l'histoire pendant votre visite.
Oui. L'application Lokali raconte La Mosquée Bleue gratuitement dans votre langue — histoire, ce qu'il faut observer et conseils pratiques, directement sur place.
Visitez-nous tôt le matin pour profiter d'une lumière plus douce et d'une foule moins nombreuse.
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